SÉNÉGAL: quant les pauvres paient l’eau plus chère que les riches

Idrissa Sané- Dakar Sénégal

Le monde est fait de paradoxe. Les personnes issues des familles modestes paient l’eau plus chère que ceux qui ont un meilleur pouvoir d’achat résident dans des villes au Sénégal. Mais les prix les plus élevés sont enregistrés dans le département de Bakel, à Diwara, à Moudyry où les tarifications n’ont pas encore fini de susciter des commentaires.

Un paradoxe. Les personnes vivant dans le milieu rural paient l’eau plus chère que les résidents des villes. En outre, la grille tarifaire laisse apparaître des écarts sur le prix du mètre cube de l’eau par localité. La première incongruité, les Sénégalais du monde rural dépensent plus pour payer un mètre cube d’eau que ceux qui résident dans les centres urbains. En outre, des disparités tarifaires sont notées dans le monde rural. « Les zones les plus pauvres paient l’eau plus chère. Dans la région de Diourbel, l’indice de pauvreté de 71 %, le mètre cube est vendu à 378 francs Cfa pour la tranche sociale rurale », relève le directeur de l’Ofor, Lansana Gagny Sakho. L’orientation est claire. Il s’agit de réduire à néant les disparités à tous les niveaux entre les villes et les villages, entre les Sénégalais de Dakar et les Sénégalais des régions. « De façon très ramassée, l’objectif, c’est d’arriver à casser cette césure qui existe entre l’hydraulique urbaine et l’hydraulique rurale. Nous voulons qu’on parle simplement d’hydraulique avec la même qualité de services, d’eau, et avec un service d’eau optimalisé », a insisté le directeur de l’Ofor. A vrai dire, les sociétés qui ont contractualisé avec les Associations des usagers des forages (Asufor ), les critères de tarification laissent apparaître l’absence d’objectivité. Elles ont fixé le prix sur la base que les localités de Diawara, Yelingara, Moudiry, Tuabou situées dans le département de Bakel comptent beaucoup d’émigrés. C’est ce qui transparaît à travers l’analyse des grilles tarifaires en milieu rural sur toute l’étendue du territoire. La preuve, à Ourossogui, qui compte plus de 30.000 habitants, le mètre cube est vendu à 175 FCfa. Il en est de même à Bokidiawé.

Casser cette césure qui existe entre l’hydraulique urbaine et l’hydraulique rurale

A Kanel, il coûte 225 FCfa. La fixation du prix a fait l’objet d’âpres négociations entre la société concessionnaire et l’Asufor de Diawara. La société avait proposé, dans un premier temps, 600 F CFA alors que l’Asufor a opposé un prix d’au moins 300 F CFA. Les deux parties ont fait des concessions pour s’entendre sur 400 F CFA. « Au début, j’avais clamé tout haut que ce prix était très élevé pour les populations. Après les échanges et les interventions des partenaires, nous avons trouvé l’accord autour de 400 F CFA le mètre cube. Je reste sur ma position. Nous sommes pour la baisse du prix préconisé par l’Ofor », rapporte le président de l’Asufor de Diawara au cours d’une séance de travail à laquelle a pris part le préfet de Diawara Mansora Diallo. La cherté de cette source vitale se lit aussi sur les marges de recettes de la société concessionnaire. La masse salariale tourne autour de 2 millions de F CFA et aussi sur le fonds de roulement de l’Asufor qui s’élevait à près de 16 millions de F CFA. Les frais d’abonnement s’élèvent à 45.000 F CFA. « C’est avec ce montant que l’Asufor paie le compteur, le plombier et d’autres matériaux », dévoile  un membre de l’Asufor.

A quelques jets de pierre de Diawara, se trouve Moudyri. Ce village est aussi peuplé de Soninké. C’est l’une des zones où l’eau coûte plus cher au Sénégal. Le mètre cube s’échange à 450 F CFA. Ici, les Asufor et la société concessionnaire n’émettent pas sur la même longueur d’ondes. Les ménages paient aussi les frais des pannes des compteurs. Dans ces circonstances, la consommation des ménages est estimée. Les responsables de l’Asufor estiment que les ménages y trouvent leur compte. Mais rien n’est sûr.

Sécurité alimentaire et nutritionnelle: chercheurs et acteurs humanitaires partagent leurs expériences

 

« Sécurisation alimentaire : dynamiques et pratiques ». C’est sur ce thème que s’est déroulée  les 9-10 mars 2016 dernier  à l’ISSP-Université de Ouagadougou, une table-ronde qui a regroupé environ 130 participants issus de différents milieux professionnels et de plusieurs pays  à savoir la Belgique, le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la France, le  Mali, le Niger  et , Madagascar. Il s’agissait pour les participants de  réfléchir sur les limites des approches communément mises en œuvre dans le champ de la sécurité alimentaire et nutritionnelle à partir des expériences de terrain des chercheurs et des pratiques des acteurs humanitaires et de développement. Ces deux jours ont permis un retour critique sur les pratiques et les enjeux en matière de sécurité alimentaire et nutrition. Ainsi, les contributeurs ont  fait  pu faire le point sur les avancées positives, les éléments de blocages et proposer des pistes de solutions.

Des éléments de convergence entre  « sécurité nutritionnelle »  et « sécurisation alimentaire »  ont été relevés : pour le premier, caractère performatif des produits et des actions, intérêt croissant pour la SA comme champ d’intervention ; pour le second, difficile mise en cohérence des réflexions et des actions, prise en compte embryonnaire des conséquences nutritionnelles des projets.

Aussi, les participants ont souligné la nécessité d’encourager  des recherches sur certains aspects négligés notamment sur les inégalités de genre et capacités  ainsi que les  jeux d’acteurs. Ils  ont également la valorisation des résultats de recherche à travers  un dossier de revue scientifique et un manuel « Sécurisation alimentaire en action ».

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La table ronde de Ouagadougou a été l’occasion de poser les jalons d’un colloque international  prévu pour 2017. Elle marque également  le début d’un partenariat qui s’annonce fructueux entre les parties prenantes à travers notamment l’organisation d’une école thématique, la contractualisation d’une jeune équipe associée à l’IRD (JEAI) ou  un projet de Laboratoire mixte international (LMI) ainsi que des offres de  stages de mastères et d’encadrement doctoral.

La tenue de cette table-ronde  entre dans  le cadre du projet de recherche « Sécurisation alimentaire : objets, acteurs et trajectoires d’innovation » (SAOATI). Elle a bénéficié des soutiens du Groupe Nutriset, de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, de l’UMR Développement & Sociétés, du  CIRAD, de l’Ambassade de France au Burkina, de l’IRD, de l’ISSP et de l’Université de Ouagadougou 2.

Dr Agnès Kalibata, présidente de l’AGRA:  » l’avenir économique de l’Afrique se jouera dans les fermes familiales « 

Agnes Kalibata

Aux côtés de plus d’une douzaine de spécialistes de l’agriculture africaine les plus pointus du monde, le Dr Agnès Kalibata, présidente de l’Alliance pour la Révolution verte en Afrique(AGRA) a contribué à un numéro spécial consacré au devenir de l’agriculteur africain à l’époque du numérique.Nous vous proposons quelques extraits retranscrits en français.Des propos dignes d’intérêt…

 

Je souhaitais établir un fait tout simple : l’agriculture est prête à être le moteur d’une nouvelle ère de croissance économique inclusive en Afrique – mais uniquement si nous nous concentrons sur les petites exploitations familiales qui sont la principale source d’emploi et produisent la majeure partie de ce que mangent les Africains.

 En Afrique, la croissance démographique et la classe moyenne en pleine expansion sont en train de créer un marché intérieur des produits alimentaires, qui devrait atteindre 1 000 milliards de dollars en 2030. Mais pour que les petits exploitants agricoles africains puissent saisir cette chance, nous devons arrêter de les cantonner dans notre esprit à l’agriculture de subsistance et prendre conscience de leur potentiel de génération de revenu.

Le mot « subsistance » implique une lutte pour la survie, et non l’idée de création d’une entreprise florissante. C’est pourquoi aucun enfant de fermier pratiquant l’agriculture de subsistance ne veut suivre ses traces. La plupart la voient comme un métier qui les maintiendra dans la pauvreté. Pour la majorité des fermiers africains, elle est généralement un piège les menant à une misère où simplement subsister est un emploi occupant tout leur temps. Mais les fermes africaines sont tout à fait capables de devenir des activités rentables.

 

Aujourd’hui, la plupart des fermiers ne produisent qu’une partie de ce que leurs terres pourraient fournir, principalement parce qu’ils n’utilisent ni semences améliorées ni engrais. En Ouganda, par exemple, 87 % des petits exploitants agricoles conservent et utilisent leurs grains comme semences, même s’il existe de nouvelles variétés qui pourraient quadrupler leurs rendements.

Une raison de leur réticence à l’achat de nouvelles semences est que la plupart des agriculteurs africains fonctionnent dans un environnement qui les a toujours tenus au bord de la misère. Il est vrai que beaucoup d’entre eux n’ont pas accès aux intrants agricoles améliorant le rendement, notamment les graines, les engrais, et l’information. Plus important encore, ils font confiance à leurs propres semences parce qu’ils les connaissent et ne peuvent se permettre de parier sur l’inconnu.

De nombreux agriculteurs africains se demandent aussi pourquoi ils devraient investir dans l’accroissement de leur production alors qu’ils n’ont pas accès à des marchés où ils pourraient vendre leurs excédents. La République démocratique du Congo, le onzième plus grand pays du monde en superficie, compte moins de 2 250 km de routes revêtues, à peu près autant qu’une ville américaine de taille moyenne. Et quand les fermiers réussissent à amener leurs produits jusqu’au marché, ils ne parviennent pas à y obtenir une juste rémunération parce qu’ils manquent d’information sur le prix des produits.

Comment les agriculteurs africains, un énorme électorat regroupant 70 % de notre population, peuvent-ils aller au-delà de la subsistance ? Pour commencer, les pouvoirs publics nationaux et la communauté du développement peuvent leur donner des moyens en leur fournissant plus d’options en matière de semences, d’engrais et de possibilités de commercialisation.

Les fermes africaines sont tout à fait capables de devenir des activités rentables

La bonne nouvelle est qu’au cours de la dernière décennie, nous avons appris beaucoup de choses sur les semences locales et les besoins des sols dans les exploitations agricoles africaines. Nous avons également vu de nombreuses organisations intensifier leurs efforts, notamment les sélectionneurs de plantes dans les centres du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI) et les spécialistes des sols du Centre international de développement des engrais. De plus, de nouvelles initiatives, comme celle du Partenariat africain pour l’engrais et l’agro-industrie (AFAP – African Fertilizer and Agribusiness Partnership), fournissent des mélanges d’engrais adaptés aux conditions spécifiques des sols. Il existe des moyens innovants d’étendre ces solutions.

Dans certaines parties du Kenya, de la Tanzanie et du Mozambique, des ONG et des partenaires du secteur privé mettent les petits exploitants agricoles en relation avec des personnes locales de confiance qui fournissent des semences, des engrais et autres fournitures, ainsi que la formation à leur utilisation. Les taux d’adoption peuvent atteindre jusqu’à 70 % parce que, pour autant qu’ils aient l’occasion de les essayer, les agriculteurs sont disposés à payer pour ces intrants.

Les innovations numériques accélèrent également le passage à une agriculture orientée vers le marché. Plus de 750 millions d’Africains des zones rurales utilisent déjà des téléphones mobiles, ce qui permet, par exemple, aux agriculteurs du Nigéria de recevoir des bons pour des semences et des engrais directement par leurs téléphones. Rien qu’au cours de sa première année, ce programme a atteint 1,7 million d’agriculteurs et les a aidés à produire 8,1 millions de tonnes supplémentaires de nourriture.

Quand j’ai accepté le poste de ministre de l’Agriculture du Rwanda, je savais que les problèmes alimentaires de l’Afrique n’étaient pas dus aux agriculteurs, mais à nos propres manquements à leur offrir des solutions. Nous avons adopté des politiques pour aborder leurs problèmes, si bien qu’entre 2005 et 2014, deux millions de Rwandais (20 % de la population du pays) se sont sortis de la pauvreté. Le revenu annuel moyen est passé de moins de 250 dollars à presque 650 dollars. La Banque mondiale a attribué 65 % de cette augmentation à la croissance du secteur agricole.

Tout n’est certes pas devenu parfait au Rwanda, mais l’engagement de celui-ci en faveur des petites exploitations agricoles montre ce qu’il est possible de faire.

Maintenant, il nous faut voir ce type d’engagement s’étendre à travers toute l’Afrique. Donnons à nos agriculteurs la possibilité de prospérer, et ils feront fleurir un avenir économique prometteur qui profitera à tous les Africains.

Une étude révèle d’importantes émissions de gaz à effet de serre par les rivières africaines

riviere-africaineDes scientifiques de l’Université de Liège, de la KU Leuven et de l’Institut de Recherche pour le Développement (France), viennent d’achever une recherche d’envergure de 5 ans sur le continent africain. Ces derniers ont sillonné le continent africain afin d’y analyser les flux par les rivières de dioxyde de carbone (CO2), méthane (CH4) et oxyde nitreux (N2O), les trois principaux gaz à effet de serre (GES), par les rivières du continent africain. Lire la suite

Les chauves-souris, ces êtres très utiles pour l’équilibre de l’écosystème

     Par Karim Namoano

 

chauve souL’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) a organisé le 25 mars dernier, une journée d’hommage aux femmes de la recherche. Cela a été l’occasion pour ces dernières de présenter leurs travaux en cours. L’étude sur les chauves-souris du Burkina, par Malika KANGOYE, assistante à l’université de Ouagadougou   a suscité beaucoup d’intérêt. Lire la suite